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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 17:14

Les attentats des 7 et 9 janvier 2015 ont suscité une vague de solidarité internationale évoquant celle suscitée au lendemain des attentats du WTC de New-York, le 11 septembre 2001. En l'espace de quelques heures nous étions tous Charlie, ce 7 janvier 2015. Les réseaux sociaux ont amplifié ce phénomène, les internautes affichant sur leurs profils ces placards : "Je suis Charlie", qu'ils aient ou non été lecteurs ou même sympathisants de la ligne éditoriale de l'hebdomadaire. Des personnalités des médias, du show-business et du monde politique ont également partagé le phénomène. Le président de l'Etat d'Israël, Shimon Peres, était également "Charlie", de même que les personnels de l'Ambassade d'Israël en France. Charlie est un symbole, celui de ce début d'année. Il est aussi l'arbre qui cache la forêt. Celle du terrorisme islamique hostile à l'ouverture, à la tolérance, à l'émancipation de la femme, à la liberté de conscience, à l'égalité et pour tout dire : à la démocratie.

Qui aurait pu imaginer que Cabu ou Wolinski périssent sous les balles d'un fusil d'assaut AK 47 ? Deux figures emblématiques du dessin de presse sont tombées nous laissant orphelins. Pourquoi ne retenir que ces deux noms ? Nous répondrons : "Pourquoi ne retenir que Charlie ?" Charlie est un symbole. Un symbole malgré lui. Ciblé par ses assassins pour marquer les esprits et s'acheter une notoriété à bon marché. Marat, en son temps, réclamait cent mille têtes pour impressionner les ennemis de la République naissante. Les djihadistes ont tué Charlie pour terroriser la France et s'assurer une couverture médiatique à grande échelle.

Plus qu'un organe de presse, les auteurs voulaient toucher l'Occident. La France, la Belgique, les Etats-Unis, qu'importe au fond. Dans leur vision binaire et primaire, ce qui n'est pas eux est l'ennemi. Journalistes, policiers, Juifs, la qualité n'a pas plus d'intérêt que l'anonymat d'employés dans des trains ou des tours d'affaires. Réduire l'autre à l'ennemi est le reflet d'une pensée conspirationniste, raciste et totalitaire. Le fait n'est pas nouveau dans l'histoire. Le précédent est le nazisme au XXème siècle. L'autre ne vaut pas plus qu'un matricule, un animal, une chose. Leurs discours répètent à l'envie les mots "chiens", cochons" ou "singes" pour désigner les non-musulmans. C'est l'essence même de l'humanité qu'ils refusent à leurs victimes. Ils se refusent eux-mêmes à la fraternité dans la diversité.

Bien sûr, pas d'amalgames. Pourtant comment ne pas ressentir l'absence de conviction à l'heure de prononcer ce "mantra" ? Comment ne pas ressentir le manque de consistance de la formule énoncée machinalement dans l'espoir que l'interlocuteur y trouve plus de sens et qu'il nous livre ce mystère, tandis que nous pansons des plaies encore vives, tout en voulant croire à la sincérité de la désolidarisation de l'Islam du djihadisme ? Le poison de la suspicion a déjà fait son lit à l'ombre des commentaires, sur le web francophone, se félicitant des attentats, des minutes de silence perturbées dans des établissements scolaires, des déclarations équivoques de certain responsable communautaire lors des cérémonies d'hommage du 11 janvier, entre autres faits. Une semaine après, ailleurs dans le monde, des drapeaux français brûlent aux cris "d'Allahu Akbar", les mêmes cris ayant accompagné les attentats. La suspicion est un poison qui porte atteinte à l'unité de la nation. Elle rend fragile et isolée la voix de nos concitoyens vivant un Islam apaisé.

Les attentats de ce mois de janvier justifient le nécessaire principe de laïcité permettant une coexistence pacifique entre tous les citoyens quelle que soit leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses. La laïcité garantit notre système démocratique. Face au racisme meurtrier, totalitaire et théologique des terroristes, réaffirmer les principes de liberté, d'égalité et de fraternité est un acte de résistance. Le déni, le soupçon et la discorde doivent être vaincus pour que vive la République. Nous sommes tous Charlie et les autres.

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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 19:27

Le 28 novembre 2014, les parlementaires vont débattre de la question d'une reconnaissance d'un Etat arabe palestinien. Il est peu fréquent qu'une assemblée législative souveraine se laisse dicter son ordre du jour par une autorité étrangère quelle soit politique ou administrative. Loin d'être une initiative isolée, ce débat s'inscrit dans le changement de stratégie de l'Autorité palestinienne d'Abou Mazen. Il se trouvait déjà, intrinsèquement, dans la demande de l'Autorité palestinienne d'accéder à l'UNESCO et, plus récemment, dans celle visant à obtenir une place à part entière au sein du siège des Nations-Unies. Ce débat relève-t-il d'une marche vers la paix ou éloigne-t-il davantage la perspective d'une paix négociée ?

Certains partisans du "oui" à cette question affirment qu'il ne s'agit que d'une simple pétition de principe pour faire avancer la paix au Proche-Orient. Quel sens donner à celle-ci ? Lorsque l'Assemblée Générale des Nations-Unies, en novembre 1947, décida la fin du mandat britannique sur la Palestine, elle adopta le principe de la création de deux Etats, juif et arabe. Les Etats s'engageaient ainsi à reconnaître les Etats qui auraient déclaré leur indépendance dans le cadre des décisions onusiennes. Le 15 mai 1948, l'Etat d'Israël déclara son indépendance, conformément au droit international. Si la guerre lancée par les Etats arabes voisins d'Israël empêcha la proclamation d'un Etat arabe en Palestine, en raison de leur refus d'un plan de partage, le principe de l'émergence d'une telle nation n'était pas remis en cause par le droit international. Dès lors, en tant que pétition de principe, un tel vote est inutile. Il pourrait même s'analyser comme une tentative indirecte de contourner les règles de fonctionnement de l'ONU, ainsi que les décisions et les résolutions de cette organisation internationale. Une option pour le moins étonnante si l'on prétend faire prévaloir le droit international.

Si la question dépasse la pétition de principe, elle pose alors un double problème. Tout d'abord, en effet, il importe de savoir qui est titulaire du pouvoir de proclamer une souveraineté ? Les nations sont-elles à l'origine de leur indépendance ou bien leur indépendance est-elle soumise à l'assentiment préalable de la communauté internationale ? Le principe admis est le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Il en résulte qu'il appartient aux peuples qui le revendiquent de proclamer leur indépendance en tant qu'entité souveraine. Renverser le principe, en déléguant ce pouvoir à des Etats souverains étrangers, n'est pas admis en droit international. Il entraînerait une insécurité juridique favorisant davantage la guerre que la paix. L'exemple ukrainien de 2014 en apporte une remarquable illustration. Un tel choix tactique ne peut manquer d'interroger sur la conception que les arabes palestiniens ont d'eux-mêmes, en particulier leur définition en tant que peuple et en tant qu'unité nationale.

En second lieu, dès lors qu'il ne s'agit pas d'une pétition de principe, la reconnaissance d'un Etat, pour l'heure inexistant, vient remettre en cause un droit international pourtant largement revendiqué dans les discours. Une des composantes du droit international est le processus de paix initié à Oslo en 1991. Il est fondé sur le principe de négociations directes. Pour laisser une chance à la paix, il fut décidé, par les accords de Washington, que les questions sur le statut permanent (tracé des frontières, statut de Jérusalem, relations entre les deux Etats appelés à vivre côte à côte) seraient discutés après que les questions relevant du statut intérimaire auraient été débattues. Ces dernières furent arrêtées à la fin des années 90. Il en résulte la création de l'Autorité palestinienne, la création d'une force de police palestinienne, des coopérations policière et judiciaire, ainsi que des accords économiques.

Le sommet de Camp David, en l'an 2000, et le sommet de Taba (Egypte), en janvier 2001, ont été court-circuités par le déclenchement de la seconde intifada. Ils posaient sur la table les questions cruciales devant déterminer l'avenir d'un futur Etat palestinien à naître. La tactique arabe palestinienne consistant à peser dans les discussions en déclenchant des violences a échoué tout en émoussant la confiance de son interlocuteur. A la fois, ne pouvant ni ne voulant endiguer les violences, l'Autorité palestinienne tente de passer outre le principe des discussions bilatérales directes. Il en résulte les campagnes de ces 3 dernières années tendant à obtenir de pays tiers et non plus des négociations, ce que les arabes palestiniens se refusent à eux-mêmes, depuis bientôt 70 ans.

Répondre positivement à cette tactique est d'autant plus irresponsable de la part de pays, comme la France, engagés par traités à trouver une solution politique négociée entre les deux belligérants. La remise en cause du processus de paix d'Oslo qui en résulte est moins une chance qu'une menace, en ce qu'elle dégagerait Israël des engagements jusque-là consentis. C'est l'Autorité palestinienne, elle-même, qui serait remise en cause dans son existence. Cela revient à choisir la solution du "pourrissement" de la situation. N'est-ce pas autre chose pour ceux qui s'y commettent qu'un crime contre la paix ?

Reconnaître un Etat sans frontières, sans proclamation préalable de souveraineté, n'apporte rien aux peuples de la région et n'augure pas d'un avenir radieux auquel ils pourraient prétendre. C'est une paresse de l'esprit et un mensonge doublé d'un crime que de le croire.

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 22:34

Le 9 novembre est la commémoration de la Nuit de Cristal. C'est aussi le jour de la Saint-Théodore, selon le calendrier chrétien. Deux faits sans liens qui emportent pourtant une résonnance particulière. Si le judaïsme ne pratique pas le culte des Saints, la sainteté n'étant accordée qu'à l'entité divine, il n'en demeure pas moins que ce prénom fut celui de Herzl qui affirma l'importance d'une solution nationale à la question juive et qui donna au sionisme les outils lui permettant d'accomplir son but : la création d'un foyer national juif. La Nuit de Cristal, avec les lois raciales de Nuremberg, fut l'antichambre de la Solution Finale. Elle marquait l'exacerbation du fait antisémite contre laquelle, moins d'un demi-siècle plus tôt, Theodor Herzl mettait en garde ses contemporains. L'Histoire, seule, a rendu son propos malheureusement prophétique. Au contraire de ce qu'affirma le Congrès du Bund de Kichinev, le sionisme ne fut pas l'expression d'une "peur petite bourgeoise".

 

"C'est en vain que partout nous sommes des patriotes, voire des patriotes exacerbés." notait Herzl dans L'Etat des Juifs. Il mettait ainsi en avant la disqualification de parcelles de communautés nationales en raison de leur religion et de leur naissance, induite par l'antisémitisme. C'était aussi mettre en avant le caractère particulier de ce racisme tourné contre les Juifs. La xénophobie est la peur, voire l'aversion, de l'étranger. Le racisme est l'affirmation de l'existence de groupes humains distincts par l'hérédité ou la génétique et d'une hiérarchie entre eux. L'antisémitisme est la peur tournée en haine de son concitoyen. Peu importe qu'il fasse la preuve de son appartenance à la nation. Peu importe qu'il démontre, comme le fit le Shylock de Shakespeare, qu'il est de la même chair et du même sang que ses frères humains. Il est l'ennemi intérieur par essence. Et parce qu'il est l'ennemi essentiel, il se voit privé de son droit de Cité.

 

Les lois raciales de Nuremberg, promulguées par le Ministre du Reich, Goering, inscrirent dans le marbre cette haine qui, 5 ans plus tard, allait joncher les rues allemandes du bris des vitres des maisons, des boutiques et des synagogues. L'historien les justifie par la crise économique, l'effet du Traité de Versailles, parlant des "peurs" et des "frustrations" du peuple allemand. 6 millions de morts réduits à un épiphénomène, donc, une conjoncture malheureuse pour tout dire. Pourtant l'antisémitisme du National-Socialisme ne peut se réduire à un accident de l'Histoire. Les lois raciales reprenaient in extenso les sentences anti-juives du droit canon chrétien. Elles étaient déjà intégrées culturellement par 19 siècles de médisances et d'accusations irrationnelles. Une culture en partage de l'Occident chrétien. L'expression "manger en juif" a un goût de cendres. Elle provient d'un capitulaire de notre "bon" roi Saint-Louis interdisant aux juifs de prendre leur repas à la même table qu'un chrétien. Ce dernier en fit une médisance sur le thème de la cupidité qui posait, déjà, les rails menant à la chambre à gaz.

 

S'il est un devoir de mémoire, il doit éclairer le monde contemporain. Et le regard porté sur lui est amer. Toulouse en a porté, cette année, les stigmates. L'Histoire avance et le monde piétine. Le meurtre qui a été perpétré contre des enfants juifs et un enseignant se réduit, là encore, à un épiphénomène fruit des "peurs" et des "frustrations" d'un homme isolé. Quelle histoire, quelle culture, quelles médisances et quelles accusations irrationnelles ont armé son bras, comme elles en arment d'autres sur d'autres continents ? Les cérémonies et les discours, nécessaires, auxquels ce crime a donné lieu n'ont pas répondu à ces questions. La compassion ne suffit pas. D'autant moins qu'elle accentue un comportement paternaliste à l'égard de la communauté juive de France qui induit l'idée d'une minorité étrangère, bien que française. "C'est en vain que partout nous sommes des patriotes..."

 

Il faut plus qu'invoquer les mânes d'un Age d'Or pour exorciser un cycle infernal. Herzl notait, au XIXème siècle, que la révolution des techniques destinées à libérer les hommes n'avait pas permis aux Juifs d'accéder à l'égalité. La révolution des techniques du IIIème Millénaire échouera-t-elle à nouveau ? Conjurer le sort revient à se servir des techniques pour éduquer les hommes d'aujourd'hui quand les obscurantistes d'hier en usent pour assujétir les citoyens de demain. Nous n'avons plus l'excuse de l'ignorance. Parce que nous avons une mémoire, nous avons un avenir.

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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 22:59

justoneminute.jpgL'ouverture des J.O. de Londres 2012 aura été un rendez-vous raté entre le monde olympique et son histoire. 40 ans, en effet, séparent les olympiades londoniennes de celles de Munich. Celles-ci demeurent tristement célèbres en raison de la prise d'otage et du meurtre de 11 membres de la délégation israélienne par le groupe terroriste "Septembre Noir", dans la capitale bavaroise. Sollicité par les veuves des athlètes et le comité olympique israélien pour observer une minute de silence en préambule des Jeux pour commémorer ce triste anniversaire, le président Rogge, du comité international olympique, a eu cette réponse lapidaire : "Les circonstances ne s'y prêtent pas."

 

Les circonstances se prêtaient-elles, en 1972, à ce qu'un commando d'hommes armés investisse le village olympique de Munich ? Vêtus de survêtements pour ne pas alerter l'attention, ils ont franchi les grilles, aidés par de véritables athlètes qui revenaient d'une virée à Munich, à l'insu de leur délégation. Ces derniers les ayant pris pour des sportifs ayant eu la même idée. Le commando de 8 hommes pénètre dans le bâtiment abritant la délégation israélienne. Un entraîneur et un haltérophile ayant tenté de s'interposer sont immédiatement abattus. Si des membres de la délégation parviennent à sauter par les fenêtres pour s'enfuir, 9 autres demeurent captifs du commando. L'alerte est donnée peu avant 5 heures du matin par une femme de ménage ayant entendu les coups de feu. Alors que la prise d'otages a débuté, en ce 5 septembre 1972, les premières épreuves de la journée olympique, quant à elles, débutent normalement dans les trois heures qui suivent.

 

Le gouvernement de Bavière entend mener personnellement la négociation et refuse l'intervention d'un commando israélien. Les preneurs d'otages refusent l'argent qui leur est proposé et exigent la libération de 234 terroristes détenus en Israël, ainsi que celle d'Andreas Baader et d'Ulrike Meinhof de la Rote Armee Fraktion (R.A.F.). En fin de journée, ils sont exfiltrés avec leurs otages en hélicoptères vers une base de l'OTAN, à Fürstenfeldbruck, où un avion est censé les prendre en charge. Vers 23h00, les terroristes réalisent que la police allemande leur a tendu un piège mais le déploiement objectivement (volontairement ?) insuffisant et désorganisé (absence d'éclairage suffisant, défaut de communication entre les tireurs d'élite) transforme l'assaut en carnage. Un policier est tué d'une balle perdue. Les terroristes font sauter un des deux hélicoptères et exécutent les cinq autres otages dans le second. Sur le tarmac en flammes un échange de tir nourri oppose les terroristes et les forces de police jusqu'à minuit et demi. Cinq des preneurs d'otages ont été tués et trois autres sont arrêtés.

 

Le 6 septembre 1972, une étrange cérémonie commémorative se déroula. Avery Brundage, président du comité international olympique, salua "la force du mouvement olympique". En revanche les noms des 11 athlètes et entraîneurs israéliens ne furent pas même cités. Pire, le 7 septembre, les J.O. reprirent comme si rien ne s'était passé. Lorsque des spectateurs déployèrent une banderole sur laquelle étaient écrits ces mots : "17 morts, déjà oubliés ?", ceux-ci furent expulsés du stade par les agents de sécurité.

 

40 ans plus tard, les J.O. de Londres n'auront pas permis de corriger cette amnésie rapide et subite du comité international olympique. "Les circonstances ne s'y prêtent pas." Elles ne s'y prêteront sans doute pas de sitôt quand, pour s'ouvrir à des Etats méprisant les valeurs fondamentales de l'Olympisme, le CIO bafoue volontairement ses propres règles en permettant de distinguer sur le terrain certains des athlètes en raison de leur religion et de leur sexe. Les J.O. sont devenus le terrain de jeu de ces mêmes Etats ayant transformé l'ONU et son Conseil des Droits de l'Homme en vaste mascarade. Les circonstances ne se prêteront pas davantage à une commémoration grave et émue quand le supposé amateurisme sportif vend son âme au consumérisme en devenant le support des limonadiers et équipementiers sportifs. Business is business ! Ou, comme le dit Avery Brundage, en 1972 : "The games must go on !"

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:45

L'avantage quand deux Etats ne partagent pas de relations diplomatiques et quand 2.000 Km les séparent, c'est que la parole est libre et que nul crise ne doit être contrecarrée. Dans un passé proche, le chef d'Etat iranien a promis de détruire l'Etat d'Israël, organisé des séminaires négationnistes, des concours de dessins antisémites et accueilli à bras ouvert Dieudonné, notoirement reconnu pour ses sorties antisémites. Aujourd'hui c'est un spot publicitaire israélien décalé qui met l'Iran en émoi.

 

La société israélienne HOT, spécialisée dans l'offre de réseau câblé et satellite, sort un nouveau produit permettant une utilisation plus fluide des réseaux. Pour promouvoir son offre, Hot s'est attachée les acteurs de la série T.V. Asfur. Une série à l'humour décalé, mettant en scène quatre jeunes gens de la banlieue de Jérusalem, vivant dans des autobus abandonnés, sur un terrain vague perdu dans une zone industrielle. Ce terrain vaut une fortune. Les quatre comparses doivent rivaliser d'imagination pour rembourser leur dette colossale, afin de conserver ce terrain. Le succès est immense et les Etats-Unis viennent d'acheter les droits sur la série, une première en Israël. Attachant son image à cette série, HOT espère susciter l'intérêt du public pour ses produits.

 

Au final, il en sort un spot hilarant, pouvant passer pour un épisode de la série. Les amis s'en vont à Ispahan, en Iran, à la rencontre d'un agent du Mossad. Travestis en femmes voilées, ils longent la clôture d'une centrale nucléaire. L'un des comparses se passe aussitôt de l'écran total sur le visage. A la question de ses camarades, il désigne un panneau mettant en garde contre les risques de radiation. A la terrasse d'un café, ils avisent bruyamment l'agent du Mossad qui cache une tablette entre les pages de son journal. Ce dernier explique que, grâce à l'offre de réseau de la société HOT, il peut tuer le temps durant ses missions en communiquant avec sa fiancée et en regardant la série Asfur. HOT, en prime, lui a offert gratuitement l'i-pad. Intrigué par une icône, un des quatre larrons tend le bras, au milieu des cris affolés de l'agent. En arrière-plan, la centrale explose ! Face aux regard éberlué de ses amis, le fauteur de trouble hausse les épaules : "Ben quoi ? Encore une explosion mystérieuse en Iran !"

 

Avec un humour juif typique, retournant à la manière d'un Pourim Shpiel (farce de Pourim) une situation de grave menace sur Israël, la série râvit les fans et conquiert internet. La République Islamique d'Iran en revanche fulmine. Une session spéciale du parlement iranien sera consacrée à la réponse à apporter à ce crime de lèse fous de Dieu atomique, en ce début février. Il faut dire que le taux de mortalité, anormalement élevé, parmi les ingénieurs nucléaires iraniens rend les autorités particulièrement nerveuses. A défaut de pouvoir s'en prendre aux agents, à leurs donneurs d'ordres ou aux intérêts israéliens, la société Samsung, dont les Iraniens estiment que la tablette, visible dans ce spot, est de sa fabrication, pourrait être directement visée.

 

Une anecdote qui permet de se demander si l'humour, la paix et la démocratie ne sont pas, en définitive, des notions étroitement imbriquées.

 

Sources :

http://keyhani.blog.lemonde.fr/2012/02/03/une-publicite-israelienne-fait-enrager-liran/

 

http://coolisrael.fr/243/asfur-la-serie-tv-la-plus-populaire-de-lhistoire-d%E2%80%99israel-vendue-aux-etats-unis

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 22:00

Le lundi 3 octobre 2011, France 2 diffusait un documentaire intitulé : "Un Etat palestinien est-il encore possible ?" dans le cadre du magazine UN OEIL SUR LA PLANETE. Celui-ci faisait le lien avec la demande de reconnaissance d'un Etat palestinien déposée à l'ONU par Mahmoud Abbas. Loin d'éclaircir une question complexe et embrouillée aux yeux de l'Occident, les reportages ont adopté une ligne parcellaire autant que partiale, reprenant sans analyse l'argumentaire d'une des parties au conflit.

 

Le pitch était prometteur, voire racoleur : "Un Etat palestinien est-il encore possible ?" La plongée des caméra de France-télévisions au sein de l'Autorité Palestinienne semblait augurer d'une vision froide et rationnelle. Pourtant le rendez-vous fut manqué de racheter 30 années de bidouillages et de mises en scènes (des décharges publiques de Beyrouth aux rushs de Netzarim). Une fois de plus le commentaire d'Elie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en France, se confirmait : "la télévision est faite pour divertir, pas pour informer." Informations tronquées, révision de l'histoire, plans de commande, entretiens sirupeux, absence d'analyse, vision binaire et manichéenne. Il n'en reste plus, au final, qu'une longue diatribe anti-israélienne, anti-juive et anti-américaine. Une fois de plus, le Proche-Orient est réduit à un "marronnier" contribuant à asseoir l'idée reçue d'une conspiration internationale anti-musulmane.

 

Vol de terre, vol d'eau, brimades, murs, noman'sland, barbelés et miradors, rien ne manquait pour nazifier en touches impressionnistes "les juifs". Silence pathologique sur 3 décennies de terrorisme ayant conduit à des mesures sécuritaires drastisques. Présentation de la ville de Jérusalem comme d'un territoire occupé. Pas un mot sur la partition de la ville en 1950, du fait de l'occupation illégale de Jérusalem et de la Judée-Samarie, au regard du plan de partage onusien de 1947, par le Royaume de Transjordanie. Aucun mot non plus sur l'expulsion des Juifs de la partie orientale de la ville par les Arabes. Hébron devient un site d'occupation depuis 1967. Silence coupable sur le massacre des Juifs de la ville, établis depuis des siècles, en 1929, sur la foi d'une rumeur lancée à la radio par le mufti de Jérusalem. Le tombeau des Patriarches devient une mosquée. Peu importe que le monument fut bâti de toute pièce par le roi Hérode le Grand.

 

L'accent est mis sur le système "D" et la "résistance". La pratique des tunnels, mise en oeuvre pour la contrebande d'armes entre Gaza et l'Egypte se trouve rajeunie de 5 ans. Là le documentariste vend la mèche, sans faire de jeu de mots grinçant. Présentant les tunnels comme "l'unique moyen d'approvisionnement", le journaliste signale que, depuis 2010, l'acheminement des denrées et des matériaux par voie terrestre (entendez entre Gaza et Israël) a augmenté par rapport à ce qu'il était antérieurement. Donc, contrairement à ce qui est formellement affirmé par les reporters de France-Télévisions, les tunnels ne sont pas l'unique source d'approvisionnement des gazaouis. On comprend ainsi pourquoi ni l'UNWRA ni le HCR ne cautionnent l'argument de la "crise humanitaire" associé généralement au nom de Gaza. Quant à la "résistance", les happenings avec les brigades Ezzedine El Kassem (synonyme du Hamas, ce sont les mêmes) et le Jihad Islamique, fleurent bon les conférences de presse improvisées dans le maquis corse. Coup de pub gratos du genre : "et si tu ne filmes pas tu ne rentres pas chez toi".

 

Analyse politique digne d'un quotidien de province. "Le Hamas est minoritaire à Gaza." C'est sans doute la raison pour laquelle les représentants "cisjordaniens" du Fatah de l'Autorité Palestinienne ne peuvent pas y pénétrer depuis 2006... Une minorité qui y a obtenu la quasi totalité des suffrages en janvier 2006, lors des élections législatives, et qui occupe tous les postes institutionnels et a exclu, à coup de tortures, de menaces et d'exécutions sommaires, tous les dignitaires et fonctionnaires chrétiens et non-membres du Hamas. S'agissant de l'intervention de Saëb Erekat, elle pourrait s'intituler j'ai la mémoire qui flanche je ne me souviens plus très bien. Oubliés la politique de la chaise vide, le non-respect des accords d'Oslo, de Washington et de Wye River. Oubliée la reprise de la violence, à l'issue du rendez-vous manqué de Paris, inspirée par le Président de la République française, Jacques Chirac, qui donnait ainsi un blanc-seing à la guerre à feu Arafat. Ce n'est pas moi qui le dis mais Claude Goasguen, sénateur maire UMP de Paris, présent en ce jour funeste. (Une complicité de crime contre la paix, excusez du peu !) Oubliée la déclaration au quotidien Le Monde de son comparse Yasser Abed Rabo, une semaine jour pour jour avant le déclenchement de la seconde intifada selon laquelle : "Les palestiniens ne signeront jamais aucun accord avec Israël".

 

Et j'arrête là cet inventaire à la Prévert. D'autres complèteront les manques et la recension avec plus de talents.

 

De rares vérités ont surnagé néanmoins sur cet océan de désinformation. Plus précisément le boum immobilier aussi bien à Gaza qu'en Judée-Samarie. En ce dernier lieu se concentre particulièrement le boum économique plus généralement. Et sur ce point les coopérations avec Israël auraient mérité d'être mentionnées. Mais l'heure était à la désinformation et à la démonologie. Mais je ne m'appelle pas Howard Carter ni France-Télévisions, Pulitzer.

 

Guilad Shalit, otage depuis juin 2006, notre compatriote franco-israélien ne demeure pour France 2 qu'une anecdote. A peine une poussière dans le décor. Sans doute a-t-il le tort d'être né en Israël, d'être juif et d'être un humain. Comprend qui peut.

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 23:33
Nous publions ce texte de Jacques Tarnero et de Philippe Bensoussan portant réflexion sur le temps médiatique et le meurtre d'une famille de cinq personnes égorgées dans leur sommeil à Itamar, Samarie, dans la nuit du 11 au 12 mars 2011.

Les images de la mort de la petite Hadas, 4 mois, ne feront pas le tour du monde. C’est vrai que pour entrer dans le tourbillon médiatique, il vaut mieux choisir la date de son assassinat.
On ne peut pas reprocher aux média du monde entier d’avoir traité avant tout du Japon. On reste tétanisé devant les images qui nous viennent de là-bas. Ces images d’apocalypse éclipsent tous les autres drames de la terre, cependant d’autres horreurs, celles-là commises délibérément par des êtres humains contre d’autres êtres humains devraient frapper tout aussi violemment notre sensibilité autant que notre imaginaire.

Comment ne pas être horrifié devant les images cette petite fille de 3 mois poignardée et saignée comme un mouton ? Comment ne pas s’indigner devant son frère de 4 ans baignant dans son sang, et de Yoav 11 ans, encore endormi dans son lit, le corps lacéré de coups de couteau ? Comment ne pas s’indigner du silence total des médias français sur le quintuple meurtre commis en Israël durant ce week-end du 12 et 13 Mars. Certes, il y avait le Japon. Certes, il y avait bombardements de Kadhafi. Certes, il y avait Strauss Khan et son steak sur Canal plus.
Bien sûr, il y eut quelques brèves ici et là, quelques dépêches qui signalaient que 5 colons israéliens avaient été tués et que leur statut de colon faisait d’eux des coupables, responsables d’un châtiment justifié.
L'abjection de ce crime, la monstruosité du geste criminel, le sang froid et l’exaltation du porteur de couteau brandi au-dessus d'un bébé dans son berceau, mettent en pleine lumière les valeurs de la "résistance" palestinienne. On devrait simultanément s’interroger sur la légitimité de son "nationalisme" et de sa « Résistance » à « l’oppression sioniste ». D'autant que ce type de crime, frappé de la même barbarie, a déjà été commis par les mêmes, au même endroit et ailleurs en Israël.
Rappelons-nous Shalevet Pass, 6 mois, assassinée dans les bras de sa mère d’une balle en pleine tête le 26 Mars 2001 par un sniper utilisant un fusil à lunette et qui pour atteindre sa cible a dû posément viser à travers sa lunette le front de l’enfant. Rappelons encore, les assassinats commis par Samir Kuntar le 22 Avril 1979, contre une famille de Naharia, tuant de sang froid Danny Haran (le père) sur la plage d'une balle dans la tempe, puis fracassant ensuite la tête d’Einat (la petite fille) sur les rochers de la plage à l'aide de la crosse de son fusil. Libéré par Israël en échange des dépouilles des soldats israéliens kidnappés au Liban, Kuntar fut accueilli en héros au Liban. La qualité du crime, la méthode, les gestes, disent bien que la fin était dans les moyens. L’égorgement a valeur de rite symbolique pour ceux qui avaient déjà tranché la tête de Daniel Pearl en 2002. On devrait s’interroger sur le projet des tueurs. Luttent-ils pour la liberté ? Luttent-ils pour la dignité du peuple palestinien en tranchant la gorge d’un bébé endormi ?
Tous ceux qui ont pu visionner les photos de l'attaque ont été profondément choqués, et ceci pour deux raisons principales. Tout d'abord parce que ces images donnent à voir une réalité crue que certains refusent de voir. D’autre part, parce qu’Israël s'est toujours refusé à diffuser les images de cadavres, contrairement aux médias arabes qui savent parfaitement utiliser ce type de communication.
Mais face au peu de couverture médiatique qu'ont accordé les médias occidentaux à la tragédie, Israël a décidé de réagir et de publier les clichés de l'horreur. Youli Edelstein, ministre israélien de la Diaspora et de l'Information, a approuvé la publication et la distribution des images du massacre d'Itamar, après avoir reçu le consentement des familles des victimes. Conformément à la demande des proches, les visages des morts ont été floués. « Seules ces images horribles pourront montrer au monde à quoi et à qui doit faire face l'Etat d'Israël ! » a déclaré le ministre.
Ceux qui vivent le conflit sur place et non dans son imaginaire, ont bien pris la mesure de la barbarie du geste. Ainsi, Ahmed Tibi, député arabe Israélien, s’est indigné à la tribune de la Knesset, où il a vivement condamné l’attentat. En prononçant un à un, les noms des cinq victimes, il a qualifié cet acte de massacre. Et il a posé la question : «Qu’a pensé ce criminel lorsqu’il a regardé dans les yeux la fillette de trois ans ? Qu’il commet cet acte au nom de la religion ? L’islam interdit ces actes ! »a-t-il conclu .
L’Autorité Palestinienne présentée comme "modérée" n’a pas cessé de promouvoir l’éducation à la haine de sa jeunesse et ceci depuis le plus jeune âge, à l’égard des voisins juifs. Les hommages aux figures les plus féroces de la tradition terroriste locale servent de modèle éducatif. L'Autorité palestinienne inaugure des squares au nom de Dalal Mughrabi (38 morts dont 12 enfants) et vient de donner le nom de Wafa Idriss (première femme kamikaze) à un tournoi de football.
En France, l’indignation sélective a eu ses succès en librairie et on s’interroge sur l’absence de réaction de toutes ses figures morales devant le crime commis à Itamar. Sauf à considérer qu’un bébé juif n’a pas le droit de vivre fut-il « colon ». Ceux qui veulent le boycott d’Israël, ceux qui dénoncent « l’apartheid israélien » devraient y réfléchir à deux fois, les égorgeurs islamistes sont ravis de leur ingénuité, ravis de se faire passer pour d’innocentes brebis.
« Qui tue qui ? » cette merveilleuse question récurrente de la pensée progressiste a déjà été formulée quand les GIA égorgeaient des villages entiers en Algérie. Qui tue qui actuellement dans le monde arabe ? Qui opprimait qui en Tunisie, en Egypte ? Qui tire sur le peuple en Libye ? Qui fait régner la terreur en Syrie, en Iran ? Qui colonise le Liban ? L’ « entité sioniste » ?
Tant que démocraties ne verront pas, chez elles, que les promoteurs de la haine contre la démocratie israélienne, sont des menaces contre elles-mêmes, la barbarie ne reculera pas. Chacun devra avoir conscience que cette horreur n'est pas figée, qu'elle voyage, et qu'elle pourrait bien frapper à nos portes demain. Ce qui menace Israël nous menace.

Jacques Tarnero et Philippe Bensoussan
Auteur et réalisateur du film « Décryptage »
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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 23:19

Louis-Ferdinand Céline figurait encore il y a peu dans un opuscule du Ministère de la Culture consacré aux commémorations nationales. Une entrée discrète qui serait sans doute demeurée imperceptible s'il n'y avait eu des voix pour en demander le retrait. Depuis l'annonce officielle de son retrait, par le Ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, la polémique enfle. Et l'on entend, déjà, crier à la censure.

 

Céline est le nom de plume du Docteur Destouches, obscur ancien combattant de la Ière Guerre Mondiale, qui au cours des années 20, se lance dans l'écriture. Une écriture caractérisée par la mise en prose du langage parlé, sur un ton gouailleur de français moyen et ordurier. Un anachronisme dans le paysage littéraire français de la première moitié du XXème siècle qui lui vaut les honneurs de la critique.

 

Mais le ton basiste qu'il emploie cache à peine le fond haineux de l'auteur qui ne se démarque guère du narrateur. Là s'arrête le génie littéraire. Sur un ton qui résonne encore des "foutre" du Père Duchesne, du publiciste révolutionnaire Hébert, il conspue tout à trac la démocratie, la IIIème République et les Juifs. Les premières occurrences antisémites affleurent dans l'oeuvre de Céline bien avant l'invasion de la France et, pour le dire nettement, avant même l'accession d'Hitler au pouvoir en Allemagne. Ici s'effondre l'argument de ses zélateurs, si j'ose dire, qui défendent leur idole en invoquant une écriture de circonstances.

 

Cet antisémitisme pathologique va dès lors augmenter crescendo au cours des années 30, jusquà Bagatelles pour un massacre (1937) et L'école des cadavres (1938). Il atteindra son paroxysme sous l'occupation, où la diatribe antisémite de Céline, qui s'exprime jusque dans les salons mondains et pas seulement dans la presse, incommodera les représentants du IIIème Reich en poste à Paris. Il soutient par ailleurs Doriot du PPF et sa croisade pour la Légion des Volontaires Français (LVF), l'inscrivant dans la collaboration totale et fusionnelle avec l'occupant nazi.

 

Céline est donc un "salaud", pour reprendre un vocable digne de sa littérature et fort prisé durant l'Epuration. Ayant fui la France, dès le 14 juin 1944, une semaine après le débarquement allié en Normandie, Céline ira de Baden-Baden à Siegmarigen, avant de trouver asile au Danemark. Il y effectuera, seulement, un an de prison, après la guerre. En 1950, il est condamné en France en son absence pour faits de collaboration et à l'indignité nationale. En 1951, il est amnistié grace à une manoeuvre de son avocat, Tixier-Vignancourt, célèbre pour son militantisme d'extrême-droite.

 

Faut-il dès lors s'étonner que l'oeuvre de Céline soit devenue durant le demi-siècle suivant l'un des phares littéraires de l'extrême-droite française ? Non !

 

En revanche, il convient de s'étonner des atermoiements de ses défenseurs actuels dont les prédécesseurs idéologiques durent se cacher de la vindicte des Céline, Barbie, Touvier et autres Bonny-Lafond, durant l'occupation. L'indignation mise à la mode par Stéphane Hessel charrie ici des remugles autrement plus dérangeants que l'homophone de son propagateur (serais-je célinien sans le savoir ?). Il est trop facile de résister à un état de l'âme à l'abri d'un Etat de droit, démocratique et encore vaguement providentiel. Il est trop commode de se cacher derrière des élans libertaires pour pardonner l'inexcusable. S'agit-il d'une atteinte à la liberté d'expression que de retirer Céline de la liste des commémorations nationales ?

 

Non, la vie de Céline n'est pas séparable de son oeuvre. L'oeuvre de Céline a contribué, avec l'assentiment largement exprimé de son auteur, à la déportation de plus de 50.000 hommes, femmes et enfants de France vers les camps d'extermination et la chambre à gaz. Il relève de l'antisémitisme de plume. Pour avoir couché par écrit sa haine et son désir d'extermination de l'autre à raison de sa race ou de sa religion, est-il moins coupable qu'un Oberg ou un Mengele ? Non, il est tout aussi coupable car il a participé, par le papier, à préparer les esprits à l'insoutenable, au renoncement du principe même d'humanité. Cela le peuple allemand d'aujourd'hui serait en mesure de vous le dire. Car ce peuple, à l'égard duquel vous vous montrez trop prompt à faire planer le soupçon de la nostalgie totalitaire, s'est évertué à observer son passé le plus pervers et le moins glorieux droit dans les yeux.

 

Réclamer le retour de Céline dans liste des commémorations nationales revient à banaliser le discours antisémite. Mais peut-être cette banalisation de l'antisémitisme est-elle déjà trop ancrée dans les moeurs sous couvert de défense de la cause palestinienne qui excuse tout comme autrefois le tyran soulageait des écrouelles ?

 

Combien parmi les voix qui s'élèvent actuellement ont protesté d'une année Corneille passée sous silence ? Combien ont protesté de la censure véritable encourue par les oeuvres de Voltaire, peu suspect de philosémitisme, à l'heure actuelle dans l'espace francophone ? Céline, par l'anecdote qui n'aurait pas dû nécessiter une ligne, est un des innombrables révélateurs de l'hémiplégie intellectuelle actuelle.

 

 

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