Blog de l'association France-Israël du Cher.
Les attentats des 7 et 9 janvier 2015 ont suscité une vague de solidarité internationale évoquant celle suscitée au lendemain des attentats du WTC de New-York, le 11 septembre 2001. En l'espace de quelques heures nous étions tous Charlie, ce 7 janvier 2015. Les réseaux sociaux ont amplifié ce phénomène, les internautes affichant sur leurs profils ces placards : "Je suis Charlie", qu'ils aient ou non été lecteurs ou même sympathisants de la ligne éditoriale de l'hebdomadaire. Des personnalités des médias, du show-business et du monde politique ont également partagé le phénomène. Le président de l'Etat d'Israël, Shimon Peres, était également "Charlie", de même que les personnels de l'Ambassade d'Israël en France. Charlie est un symbole, celui de ce début d'année. Il est aussi l'arbre qui cache la forêt. Celle du terrorisme islamique hostile à l'ouverture, à la tolérance, à l'émancipation de la femme, à la liberté de conscience, à l'égalité et pour tout dire : à la démocratie.
Qui aurait pu imaginer que Cabu ou Wolinski périssent sous les balles d'un fusil d'assaut AK 47 ? Deux figures emblématiques du dessin de presse sont tombées nous laissant orphelins. Pourquoi ne retenir que ces deux noms ? Nous répondrons : "Pourquoi ne retenir que Charlie ?" Charlie est un symbole. Un symbole malgré lui. Ciblé par ses assassins pour marquer les esprits et s'acheter une notoriété à bon marché. Marat, en son temps, réclamait cent mille têtes pour impressionner les ennemis de la République naissante. Les djihadistes ont tué Charlie pour terroriser la France et s'assurer une couverture médiatique à grande échelle.
Plus qu'un organe de presse, les auteurs voulaient toucher l'Occident. La France, la Belgique, les Etats-Unis, qu'importe au fond. Dans leur vision binaire et primaire, ce qui n'est pas eux est l'ennemi. Journalistes, policiers, Juifs, la qualité n'a pas plus d'intérêt que l'anonymat d'employés dans des trains ou des tours d'affaires. Réduire l'autre à l'ennemi est le reflet d'une pensée conspirationniste, raciste et totalitaire. Le fait n'est pas nouveau dans l'histoire. Le précédent est le nazisme au XXème siècle. L'autre ne vaut pas plus qu'un matricule, un animal, une chose. Leurs discours répètent à l'envie les mots "chiens", cochons" ou "singes" pour désigner les non-musulmans. C'est l'essence même de l'humanité qu'ils refusent à leurs victimes. Ils se refusent eux-mêmes à la fraternité dans la diversité.
Bien sûr, pas d'amalgames. Pourtant comment ne pas ressentir l'absence de conviction à l'heure de prononcer ce "mantra" ? Comment ne pas ressentir le manque de consistance de la formule énoncée machinalement dans l'espoir que l'interlocuteur y trouve plus de sens et qu'il nous livre ce mystère, tandis que nous pansons des plaies encore vives, tout en voulant croire à la sincérité de la désolidarisation de l'Islam du djihadisme ? Le poison de la suspicion a déjà fait son lit à l'ombre des commentaires, sur le web francophone, se félicitant des attentats, des minutes de silence perturbées dans des établissements scolaires, des déclarations équivoques de certain responsable communautaire lors des cérémonies d'hommage du 11 janvier, entre autres faits. Une semaine après, ailleurs dans le monde, des drapeaux français brûlent aux cris "d'Allahu Akbar", les mêmes cris ayant accompagné les attentats. La suspicion est un poison qui porte atteinte à l'unité de la nation. Elle rend fragile et isolée la voix de nos concitoyens vivant un Islam apaisé.
Les attentats de ce mois de janvier justifient le nécessaire principe de laïcité permettant une coexistence pacifique entre tous les citoyens quelle que soit leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses. La laïcité garantit notre système démocratique. Face au racisme meurtrier, totalitaire et théologique des terroristes, réaffirmer les principes de liberté, d'égalité et de fraternité est un acte de résistance. Le déni, le soupçon et la discorde doivent être vaincus pour que vive la République. Nous sommes tous Charlie et les autres.