Blog de l'association France-Israël du Cher.
Projection et rencontre avec le réalisateur israélien Rami Kimhi

Expulsés, poussés au départ, discriminés, spoliés, les Juifs des pays arabes ont, pour 600 000 d’entre eux, trouvé refuge en Israël et, pour 300 000 environ, en Europe de l’Ouest, notamment en France et en Amérique du Nord.
Cliquer sur l'image pour visionner le film de Pierre Rehov
Ce n’est pas de nostalgie qu’il s’agit mais d’une histoire politique brûlante qui hante le rapport au conflit entre le monde arabe et Israël, déniant toute légitimité d’une souveraineté propre aux Juifs qui ont choisi de s’organiser en Nation.
Veuillez trouver ci-après un article sur le premier colloque organisé en France par un Collectif d’associations de la mémoire séfarade, à la Mairie du XVIIème arrondissement de Paris, dans le cadre du lancement de cette journée commémorative en 2014 ainsi que le témoignage tout récent de Tobbie Nathan récemment paru dans le NouvelObs.
Les communautés juives perdues du monde arabe
Le 30 novembre, Israël et le monde juif se souviennent du sort de plus de 850 000 Juifs qui ont été expulsés des pays arabes et d'Iran au 20e siècle.
Cette journée commémore la tragédie des personnes qui ont été forcées de fuir leurs maisons et de quitter les pays où ils vivaient depuis des millénaires, uniquement à cause de leur identité juive. Beaucoup ont été privés de leurs biens et victimes de violence et de persécution au-delà de la spoliation.
L'histoire de l'expulsion de communautés juives des terres arabo-musulmanes constitue une partie importante de l'histoire juive moderne et a profondément affecté l'ensemble de la nation juive ainsi que la composition démographique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord dans son ensemble.

Une histoire qui doit être racontée
On estime le nombre de Juifs vivant dans les pays arabes et en Iran à plus de 850 000 personnes au moment de l'indépendance d'Israël.
Dans la région nord-africaine, 259 000 Juifs ont quitté le Maroc, 140 000 l'Algérie, 100 000 la Tunisie, 75 000 juifs ont fui l'Egypte, 38 000 la Libye

Immigrants du Maroc à bord d'un navire en route vers Israël, 1957-Photo: Leni Sonnenfeld
Beit Hatfutsot, Archives de photos, Tel Aviv, Collection Sonnenfeld
Au Moyen-Orient, 135 000 juifs ont été exilés d'Irak, 55 000 du Yémen, 34 000 de Turquie, 20 000 du Liban et 18 000 de Syrie.
L'Iran a expulsé 25 000 juifs.
Irak
En Irak, où une grande communauté de juifs vivait pendant 2600 ans, des émeutes violentes connues sous le nom de « Farhud » ont éclaté en juin 1941, ciblant la population juive, principalement à Bagdad.
Des soldats irakiens, à l’issue d’un coup d’Etat non couronné de succès ont profité d'une vacance du pouvoir pour violemment attaquer la communauté juive, assassinant 179 personnes innocentes, blessant plus de 2 100 personnes et laissant 242 enfants orphelins. Cet acte de violence a été l’objet de larges célébrations dans le monde arabe et en Allemagne nazie.
En 1948, en réponse à la résolution 181 de l'Assemblée générale des Nations Unies («Plan de partage») et à l'Indépendance de l’Etat d'Israël, des lois ont été adoptées pour faire du sionisme une infraction pénale, permettant à la police de rechercher dans des milliers de foyers juifs toute « preuve de sionisme ».
Les Juifs ont été bannis des postes administratifs et leurs habitations ont été évaluées à 80% de leur valeur comparativement à celles de leurs voisins arabes.
Dans les années 1948-1951, plus de 120 000 Juifs irakiens ont immigré en Israël et commencé une nouvelle vie. Ce faisant, ils ont aussitôt perdu leur citoyenneté d’origine et dès mars 1951, leur propriété.
L'ancienne communauté juive en Irak - qui représentait à peu près un tiers de la population totale de Bagdad - est à présent totalement inexistante.
Groupe mmde jeunes Juifs qui ont fui l'Irak pour Eretz Israël suite au pogrom de Bagdad en 1941
Ils ont atteint Eretz Israël, ont été arrêtés par les autorités britanniques, condamnés à l'emprisonnement, certains ont été expulsés.
Photo: Moshe Baruch, Ramat Hasharon.
Beit Hatfutsot, Archives de photos, Tel Aviv, avec l'aimable autorisation de Moshe Baruch
Egypte
L'histoire de la population juive égyptienne est semblable. Dans les années 1940, l'hostilité contre la communauté juive égyptienne, qui comptait environ 80 000 personnes, se manifeste de façon de plus en plus virulente. Des lois ont été adoptées, limitant les conditions d'emploi des égyptiens d'ascendance juive, tout en exigeant que les actionnaires majoritaires des entreprises soient des ressortissants égyptiens. Étant donné que les Juifs ont été privés de citoyenneté en quittant le pays, de nombreux Juifs ont alors perdu leur emploi et se sont vu confisquer leurs entreprises.
Au cours de la guerre d'indépendance d’Israël en 1948, des milliers de Juifs égyptiens suspectés de « collaboration avec un Etat ennemi » ont été placés dans des camps d'internement et parfois arrêtés pour trahison. Les synagogues, les maisons et les entreprises ont été bombardées.
Beaucoup de Juifs ont été tués et blessés. Plus de 14 000 juifs ont immigré en Israël pendant ce temps à la recherche de sécurité.
Entre 1948 et 1958, plus de 35 000 Juifs ont fui l'Égypte. Alors qu'une grande partie de cette immigration était due à une oppression systématique, un autre facteur de motivation était leur sionisme et leur désir de vivre dans la patrie juive nouvellement rétablie en Israël.
Entre 1956 et 1968, 38 000 Juifs ont fui l'Égypte, principalement en Israël, pour échapper à des injustices systématiques telles que l'expropriation par le gouvernement de leurs maisons et de leurs entreprises et des arrestations arbitraires de citoyens juifs.

Réunion de famille: le père, qui était en prison en Egypte, retrouve sa femme et ses enfants, Israël, 1950-1960, Photo: Leni Sonnenfeld - Beit Hatfutsot, Archives de photos, Tel Aviv, Collection Sonnenfeld
Yémen
Les Juifs yéménites ont fait face à d'importantes persécutions. À la fin du mois de novembre 1947, la population arabe d'Aden au Yémen a décidé de faire une grève de 3 jours pour protester contre la Résolution 181 de l'Assemblée générale des Nations Unies.
La protestation est rapidement devenue violente. Plus de 80 juifs yéménites ont été pris à parti et abattus, plus de 100 entreprises appartenant à des Juifs ont été complètement pillées, et leurs maisons, écoles et synagogues ont été brûlées.
De 1949 à 1950, le gouvernement israélien met en place l'Opération Magic Carpet (ou "On the Wings of Eagles"). L'opération a été mise en œuvre conjointement par l’aviation américaine et britannique qui ont volé jusqu’à Aden et transporté par avion les Juifs du Yémen vers Israël.
À la fin de l'opération, plus de 47 000 Juifs yéménites ont été sauvés de la persécution et emmenés vers leur nouveau foyer en Israël.

Une famille yéménite marchant à travers le désert pouir rejoindre un camp de regroupement organisé par le Joint près d'Aden, photo : Kluger Zoltan - Archives photographiques nationales israéliennes
Libye
Les Juifs de Libye y étaient établis pendant plus de 2 300 ans et y avaient une culture prospère, avec une population de plus de 37 000 habitants.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le régime libyen a mis en œuvre son propre ‘holocauste’ durant lequel plus de 2 000 juifs ont été transportés dans des camps de concentration du désert.
Dans la Libye d'après-guerre, le nationalisme arabe a grandi en popularité, entraînant des pogroms violents contre la communauté juive.
En 1945, dans la ville de Tripoli, plus de 140 Juifs ont été assassinés dans une violente émeute antisémite et quelques années plus tard en 1948, un autre pogrom a éclaté, ce qui a entraîné 12 morts juifs et la destruction de plus de 280 maisons juives.
Entre 1948 et 1951, 30 972 Juifs ont fui vers Israël en raison du gouvernement arabe hostile de la Libye.
Cliquer sur l'image pour visionner le film de Michael Grynszpan
Se souvenir de leur histoire, de leurs histoires
Les descendants de ces immigrants des pays arabes représentent maintenant la majorité de la population juive israélienne.
Les exilés juifs qui ont été forcés de fuir leurs maisons ont dû surmonter une double tragédie, personnelle et communautaire.
Ils ont apporté une contribution précieuse au tissu de la société israélienne et leurs cultures vivantes font partie intégrante de la mosaïque colorée du peuple juif sur la Terre d'Israël.
Il est temps de conter leur histoire.
Source de l'article
En savoir plus sur le sujet : Point of No Return: Jewish Refugees from Arab Countries
Plus d'informations :
Il existe une brochure explicative ainsi que 15 panneaux d'information sur cette tragédie de l'histoire des communautés juives du monde arabe:
Lien vers la brochure
Lien vers l'exposition
Source
"Partir, ne jamais revenir " exposition de Dana Avrish
Le musée Eretz Israël de Tel-Aviv a tenu une exposition intitulée «Partir, ne jamais revenir», qui porte sur l’immigration en Israël des juifs originaires de pays arabes.
Partir, ne jamais revenir "emmène les visiteurs dans un voyage symbolique à travers les communautés juives de 11 pays arabes et d'Iran qui ont trouve refuge en Israël. L'exposition rend hommage à ces communautés juives autrefois dynamiques à travers d'objets du quotidien.

Voir la vidéo en cliquant sur l'image
Le projet People of the book
People of the Book (peuples du Livre) est une initiative en ligne créée par Elhanan Miller, journaliste et
chercheur israélien. Il a entrepris de recueillir en vidéo les témoignages des Juifs exilés des pays arabes afin de transmettre leur histoire et leur mémoire. Les récits sont en langue arabe, sous titrés en anglais.
Son but est aussi d’introduire les concepts de base de la foi juive vers le public musulman, et vice versa. À travers une série de vidéos animées et dans des conversations inter-religieuses individuelles, People of the Book espère favoriser la
compréhension mutuelle entre juifs et musulmans et contribuer à la consolidation des bases de la paix.

Cliquer sur l'image pour voir le témoignage de Marcelle Shalom qui a quitté Le Caire à l'âge de 14 ans, en 1961, après que le gouvernement de Nasser eut retiré sa citoyenneté égyptienne. Ici, Marcelle parle de son enfance en Egypte, avec ses souvenirs heureux et tristes
Une évolution dans la commémoration
Le 30 novembre, un kaddish international en mémoire des victimes juives inhumées en Terres arabes
Pour la 2ème année consécutive, des prières seront récitées dans les synagogues du monde entier à la mémoire des Juifs inhumés dans des cimetières, inaccessibles, situés sur des terres arabes.
Cette année, la Hashkaba (kaddish) aura lieu le 30 novembre, journée officielle de commémoration de l'exode des réfugiés juifs des pays arabes et d'Iran.
La cérémonie du Kaddish est à l'initiative de Sass Peress, un Montréalais d'origine irakienne. Pendant des décennies, de nombreuses familles ont été empêchées de réciter des prières juives sur les tombes de leurs proches ensevelis dans les pays arabes.
L'année dernière, 18 synagogues au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Mexique et en Allemagne ont récité ces prières. Cette année, Sass Peress espère que 50 congrégations participeront, «contribuant à créer un événement positif et cathartique pour tous*».
Inspiré par un article publié par un ami musulman britannique au Royaume-Uni faisant référence au selfie de Miss Israël avec Miss Iraq en 2017, Sass Peress s'est lancé dans un projet visant à localiser et à nettoyer la tombe de son grand-père dans le cimetière juif de Sadr City à Bagdad. Cela s'est fait en secret pour éviter toute ingérence officielle : "Alors que certains musulmans irakiens se sont montrés attentifs au bien-fondé de ma découverte (la tombe de mon grand-père), certains ont tenté de faire obstruction, au point de menacer la vie de ceux qui ont cherché à m'aider", se souvient Peress. Bientôt, le nettoyage fut étendu à 150 tombes. Leurs inscriptions ont été photographiées et traduites en anglais par Sami Sourani, historien de la communauté juive irakienne basé à Montréal. Peress espère obtenir un enregistrement photographique des 3 000 tombes du cimetière de Sadr City.

PHOTO - Tombe de Sasson Moshi Peress, grand-père de Sass Peress
La plupart des cimetières juifs du monde arabe ont été vandalisés ou détruits par les gouvernements arabes successifs. L'ex président irakien Saddam Hussein aurait placé des grenades parmi les pierres tombales du cimetière de Sadr City. Le gouvernement du général Kassem (1958-1961) a refusé de révoquer un ordre de démolition au bulldozer du vieux cimetière juif de Bagdad afin de permettre la construction d'une autoroute. La plupart des tombes ont été détruites, y compris la fosse commune contenant les restes des victimes du Farhud de 1941.