Blog de l'association France-Israël du Cher.
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Suite à l'interrogation du Comité du Souvenir de la Tragédie des Puits de Guerry (1944), M. Yann Galut, maire de la ville de Bourges, et M. Pierre Dedet, conseiller municipal délégué à la mémoire et au patrimoine, ont organisé, le lundi 27 janvier 2025, à 14 heures, au carrefour du 8 mai 1945, une cérémonie commémorant la libération du camp d'extermination d'Auschwitz et le souvenir des crimes contre l'humanité.
Participaient à cette manifestation des représentants des associations patriotiques, des élus municipaux, départementaux et régionaux, des descendants de déportés, des membres des associations France-Israël de l'Indre et du Cher, ainsi que des citoyens venus rendre hommage aux victimes de crimes contre l'humanité.
M. David Feldmann, président du Comité du Souvenir de la Tragédie des Puits de Guerry (1944), M. Yann GALUT, Maire de la ville de Bourges, et Monsieur le Directeur de cabinet de M. le Préfet du Cher ont tour à tour présenté l'importance de ce jour, tant au regard du regain de l'antisémitisme en France et dans le monde, qu'au regard de ce que fut la Shoah et son processus d'extermination.
Nous diffusons, avec son autorisation, le discours de M. David FELDMANN, président du Comité du Souvenir de la Tragédie des Puits de Guerry (1944) :
"Le 27 janvier 1945, les unités avancées de l’Armée Rouge pénètrent dans le camp d’Auschwitz, en Pologne. 7000 détenus hantent encore les lieux, malades et mourants, pour la plupart, abandonnés par les S.S. et les milliers de prisonniers évacués, au cours des semaines précédentes, dans ce que l’avenir retiendra sous le nom de « marches de la mort ». Ainsi se « libère » Auschwitz, pratiquement sans combat, révélant l’horreur d’un crime sans nom, un crime contre le genre humain. Ce camp, dont la superficie totale est trois fois celle de la ville de Bourges, symbolise à lui-seul la politique de destruction systématique du peuple juif par le régime nazi entre 1941 et 1945. Il est l’un des six centres d’extermination, avec Belzec, Chelmno, Maïdanek, Sobibor et Treblinka, tous installés sur le territoire polonais, dans le seul et unique but d’effacer le peuple juif de l’histoire. Sur les 13 millions de juifs vivant dans le monde en 1939, 6 millions seront assassinés. Dont plus d’1 million pour le seul camp d’Auschwitz.
La persécution des juifs en Europe, au XXème siècle, marque le paroxysme de la haine antisémite. Elle est le fruit de deux mille ans de préjugés antijuifs et d’éducation à la haine. Elle nourrit à l’époque moderne les thèses du conspirationnisme développées dans les Protocoles des Sages de Sion qui alimentent les fantasmes d’un prétendu complot mondial. Hitler, suivant les théories raciales et nationalistes de son temps, fait des Juifs des ennemis de la race aryenne et annonce leur destruction. Ce cauchemar va devenir réalité dans l’Europe de Kant et de Voltaire.
La Shoah, signifiant « catastrophe » en hébreu, se met en place dès l’offensive allemande contre la Russie, en 1941. Dans les pays nouvellement occupés, les populations juives, souvent rurales, sont le plus souvent déplacées en ville, dans des quartiers séparés, les Ghettos. Elles s’y entassent, tentant de recréer un semblant de vie, entre quête de nourriture et travail forcé. Sur le front, des unités spéciales, formées de policiers allemands, ainsi que de membres de la Whermacht, se livrent déjà aux massacres de villages entiers, selon le même processus qui sera observé à Oradour-Sur-Glane, en 1944. Les plaintes de certaines de ces unités, concernant leurs conditions de travail, le fait est historique, entraîneront leur remplacement par les hommes aguerris et endoctrinés de la S.S.. Le crime s’impose alors de manière systématique. Des Juifs sont raflés dans des villages, rassemblés dans des fermes, exécutés et leurs corps ensevelis dans des fosses. C’est la Shoah par balles, mise en lumière par les travaux de l’association Yahad In Unum du Père Desbois. Dès la fin de 1941, à Chelmno, on assassine des Juifs en les faisant monter dans des camions et en les asphyxiant avec des gaz d’échappement. Les nazis s’inspirent des méthodes de l’opération T4 pour éliminer les malades mentaux en Allemagne, dès 1939.
Ces opérations spéciales deviennent une politique à part entière du IIIème Reich à partir du 20 janvier 1942. La Conférence de Wannsee, voulue par Hitler et organisée par Adolf Eichmann, met en place, d’un point de vue administratif, technique et économique, la solution finale de la question juive (die Endlösung der jüdische Frage). Ainsi le massacre prémédité de 6 millions de Juifs ne nécessite-t-il aucun budget particulier et implique tous les échelons de l’État allemand et de la société.
De Paris à Salonique, en Grèce, les Juifs sont pourchassés, entassés dans des trains et des bateaux pour arriver, pour ceux qui ont survécu sans eau et sans nourriture, dans l’un des six centres d’extermination de Pologne. Pour la majorité d’entre eux, ils disparaissent dans les chambres à gaz, asphyxiés par le Zyklon B, développé par I.G. Farben, l’ancêtre de la société Bayer. Les corps, débarrassés des dents en or, sont jetés dans les fours crématoires violant l’interdit de la crémation dans la religion juive. A Auschwitz, les prisonniers sélectionnés pour les camps de travail de Monowitz et de Birkenau, sont dévêtus, tondus et tatoués. Le tatouage un autre interdit. Leur matricule leur tient lieu de nom. Ils sont exposés aux châtiments corporels et aux exécutions sommaires. Il leur faut aussi échapper aux sélections régulières pour la chambre à gaz. D’autres, sont sélectionnés par les médecins du camp, comme Josef Mengele, pour servir de cobaye humain.
Seule la capitulation de l’Allemagne, le 8 mai 1945, mettra un terme définitif à la Solution Finale.
Le Berry ne fut pas épargné par la Shoah. Souvenons-nous du camp d’internement de Douadic, dans l’Indre, antichambre de Drancy et d’Auschwitz. Souvenons-nous de Raymond Katz, président du Tribunal de Commerce de Châteauroux, destitué par les autorités de Vichy, en 1941, puis déporté, en avril 1944, avec sa femme et sa fille, Françoise, 15 ans. Dans le Cher, Souvenons-nous de Shulamite Weinberg Seiden et de sa fille, Irène, 3 ans, arrêtées au printemps 1944, à Blancafort. Souvenons-nous aussi des 36 hommes et femmes, raflés à St Amand Montrond, à la demande de la Milice française, et jetés vivant dans les puits de la ferme de Guerry par la Gestapo de Bourges, durant l’été 1944. Souvenons-nous de ces centaines d’hommes, femmes et enfants arrêtés et déportés en Berry pour le seul fait d’être nés juifs.
En France, plus de 80 000 personnes d’origine juive sont mortes durant la Shoah, que ce soit de mauvais traitements dans les camps d’internement français, fusillées en tant qu’otages ou mortes dans les centres d’extermination de Pologne. 76 000 Juifs en France ont été déportés. Parmi eux, 11 000 enfants. Moins de deux mille d’entre eux sont revenus.
Parmi les survivants, il y eut le matricule 41 482. Arrêté à Paris, le 20 août 1941, il fut interné à la Cité de la Muette à Drancy. Le 22 juin 1942, il fut déporté par le convoi n°3 qui devait l’emmener à Auschwitz. En janvier 1945, il fut l’un des 65 000 prisonniers d’Auschwitz entraînés par les nazis dans les marches de la mort. Conduit au camp de Mauthausen puis d’Ebensee, il est finalement libéré le 6 mai 1945. Revenu en France, le 24 mai 1945, il reçut pour tout viatique, à l’Hôtel Lutétia, une soupe et un ticket de métro. Depuis, plus jamais, il ne put dormir sans lumière, jusqu’à sa mort, il y a 20 ans. Il s’appelait Bernard FELDMANN et c’était le frère de mon grand-père."