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Blog de l'association France-Israël du Cher.

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Céline ou l'hémiplégie intellectuelle

Louis-Ferdinand Céline figurait encore il y a peu dans un opuscule du Ministère de la Culture consacré aux commémorations nationales. Une entrée discrète qui serait sans doute demeurée imperceptible s'il n'y avait eu des voix pour en demander le retrait. Depuis l'annonce officielle de son retrait, par le Ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, la polémique enfle. Et l'on entend, déjà, crier à la censure.

 

Céline est le nom de plume du Docteur Destouches, obscur ancien combattant de la Ière Guerre Mondiale, qui au cours des années 20, se lance dans l'écriture. Une écriture caractérisée par la mise en prose du langage parlé, sur un ton gouailleur de français moyen et ordurier. Un anachronisme dans le paysage littéraire français de la première moitié du XXème siècle qui lui vaut les honneurs de la critique.

 

Mais le ton basiste qu'il emploie cache à peine le fond haineux de l'auteur qui ne se démarque guère du narrateur. Là s'arrête le génie littéraire. Sur un ton qui résonne encore des "foutre" du Père Duchesne, du publiciste révolutionnaire Hébert, il conspue tout à trac la démocratie, la IIIème République et les Juifs. Les premières occurrences antisémites affleurent dans l'oeuvre de Céline bien avant l'invasion de la France et, pour le dire nettement, avant même l'accession d'Hitler au pouvoir en Allemagne. Ici s'effondre l'argument de ses zélateurs, si j'ose dire, qui défendent leur idole en invoquant une écriture de circonstances.

 

Cet antisémitisme pathologique va dès lors augmenter crescendo au cours des années 30, jusquà Bagatelles pour un massacre (1937) et L'école des cadavres (1938). Il atteindra son paroxysme sous l'occupation, où la diatribe antisémite de Céline, qui s'exprime jusque dans les salons mondains et pas seulement dans la presse, incommodera les représentants du IIIème Reich en poste à Paris. Il soutient par ailleurs Doriot du PPF et sa croisade pour la Légion des Volontaires Français (LVF), l'inscrivant dans la collaboration totale et fusionnelle avec l'occupant nazi.

 

Céline est donc un "salaud", pour reprendre un vocable digne de sa littérature et fort prisé durant l'Epuration. Ayant fui la France, dès le 14 juin 1944, une semaine après le débarquement allié en Normandie, Céline ira de Baden-Baden à Siegmarigen, avant de trouver asile au Danemark. Il y effectuera, seulement, un an de prison, après la guerre. En 1950, il est condamné en France en son absence pour faits de collaboration et à l'indignité nationale. En 1951, il est amnistié grace à une manoeuvre de son avocat, Tixier-Vignancourt, célèbre pour son militantisme d'extrême-droite.

 

Faut-il dès lors s'étonner que l'oeuvre de Céline soit devenue durant le demi-siècle suivant l'un des phares littéraires de l'extrême-droite française ? Non !

 

En revanche, il convient de s'étonner des atermoiements de ses défenseurs actuels dont les prédécesseurs idéologiques durent se cacher de la vindicte des Céline, Barbie, Touvier et autres Bonny-Lafond, durant l'occupation. L'indignation mise à la mode par Stéphane Hessel charrie ici des remugles autrement plus dérangeants que l'homophone de son propagateur (serais-je célinien sans le savoir ?). Il est trop facile de résister à un état de l'âme à l'abri d'un Etat de droit, démocratique et encore vaguement providentiel. Il est trop commode de se cacher derrière des élans libertaires pour pardonner l'inexcusable. S'agit-il d'une atteinte à la liberté d'expression que de retirer Céline de la liste des commémorations nationales ?

 

Non, la vie de Céline n'est pas séparable de son oeuvre. L'oeuvre de Céline a contribué, avec l'assentiment largement exprimé de son auteur, à la déportation de plus de 50.000 hommes, femmes et enfants de France vers les camps d'extermination et la chambre à gaz. Il relève de l'antisémitisme de plume. Pour avoir couché par écrit sa haine et son désir d'extermination de l'autre à raison de sa race ou de sa religion, est-il moins coupable qu'un Oberg ou un Mengele ? Non, il est tout aussi coupable car il a participé, par le papier, à préparer les esprits à l'insoutenable, au renoncement du principe même d'humanité. Cela le peuple allemand d'aujourd'hui serait en mesure de vous le dire. Car ce peuple, à l'égard duquel vous vous montrez trop prompt à faire planer le soupçon de la nostalgie totalitaire, s'est évertué à observer son passé le plus pervers et le moins glorieux droit dans les yeux.

 

Réclamer le retour de Céline dans liste des commémorations nationales revient à banaliser le discours antisémite. Mais peut-être cette banalisation de l'antisémitisme est-elle déjà trop ancrée dans les moeurs sous couvert de défense de la cause palestinienne qui excuse tout comme autrefois le tyran soulageait des écrouelles ?

 

Combien parmi les voix qui s'élèvent actuellement ont protesté d'une année Corneille passée sous silence ? Combien ont protesté de la censure véritable encourue par les oeuvres de Voltaire, peu suspect de philosémitisme, à l'heure actuelle dans l'espace francophone ? Céline, par l'anecdote qui n'aurait pas dû nécessiter une ligne, est un des innombrables révélateurs de l'hémiplégie intellectuelle actuelle.

 

 

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