Blog de l'association France-Israël du Cher.
Alors que le monde chrétien, à travers le monde, fête le carnaval, marqué par le renversement des valeurs, le monde juif, quant à lui, fête Pourim que le hasard du calendrier, en cette année 2011, à des dates sensiblement identiques.
Le judaïsme réputé, à tort ou à raison, pour son austérité connaît une fête où une joie bruyante est de rigueur pour ses adeptes : la fête de Pourim. Littéralement la fête des "sorts", Pourim est entrée tardivement dans le calendrier hébraïque à partir de la période exilitique, après la chute de Jérusalem en l'An 70 de l'ère commune. Elle tire son origine de la Meguillah d'Esther ou rouleau d'Esther. Ce livre, ajouté au Tanakh, la Bible, est lu durant cette période de fête qui présente de nombreuses originalités au regard des autres moments liturgiques.
Le livre narre l'histoire du Roi Artaxerxes, de sa seconde épouse Esther, fille de son intendant hébreu Mardochée, et du grand vizir Aman. Aux temps de l'exil de Babylone, le Roi demande que son épouse se présente devant ses invités à l'issue d'un banquet fortement arrosé. Celle-ci refuse et est aussitôt exécutée. Les ministres d'Artaxerxes lui conseillent d'envoyer quérir une fiancée par son empire car il n'est pas bon qu'un roi se trouve sans reine. C'est ainsi qu'Esther, fille de Mardochée, intendant du Roi, est envoyée au harem. Mardochée conjure sa fille de ne pas révéler qu'elle est juive. Entre-temps, Artaxerxes fait du général Aman son grand vizir, lui confiant un précieux anneaux, symbole de son autorité. Fier de cette nomination, Aman demande que l'on se prosterne devant lui. Mardochée s'y refuse au motif que les hommes ne peuvent se prosterner que devant la face de l'Eternel. Aman décide alors de faire exécuter tous les Juifs de l'Empire, le 15 du mois d'Adar. Mardochée confie ce funeste projet à sa fille. Esther va dès lors faire mine de céder aux avances d'Aman en s'arrangeant pour que le Roi les surprenne. Tant et si bien qu'Aman est pendu à un arbre et le peuple Juif se voit autorisé à retourner à Jérusalem.
Ce livre met en avant non pas des patriarches, des rois ou des prophètes mais des femmes. Des femmes de tête, rusées et clairvoyantes n'hésitant pas à s'exposer à des périls. Ce qui est en soi un renversement des valeurs dans la société antique en général et dans la société monothéiste de ce temps. Ici, Esther, qui à son corps défendant devient l'épouse du roi, dénoue la situation dramatique qui expose les hébreux à une mort certaine et contribue à mettre fin à l'exil. Les auteurs ont ainsi dessiné une symétrie ou un parallèle avec le récit de l'Exode, en attribuant la figure de Moïse à la Reine Esther.
Le texte qui fixe la narration à Babylone est contemporain de l'emprise des Empires régionaux sur la Judée et, notamment, du protectorat romain. Il est dès lors aisé d'y voir, sous une forme drôlatique, un pamphlet contre les occupants qui se trouvent ridiculisés à travers la personnalité caricaturale d'Aman. Les spécialistes font remonter son écriture à une période allant du Ier siècle avant au Ier siècle après l'ére commune. Contemporain de la dispersion, ce texte ménage l'espoir d'un retour sur la terre d'Abraham. Le jeûne qui le précède participe de l'idée de l'affermissement de la foi dans l'exil, condition sinae quae non du retour en Israël, dans la tradition juive orthodoxe. La liesse qui lui succède préfigure la restauration du peuple juif sur sa terre.
En ce jour de liesse, de Pourim, des crécelles sont habituellement distribuées. Durant la lecture de la Meguillah d'Esther, ils servent au tapage qui couvre le nom d'Aman, chaque fois qu'il est prononcé. En ce jour on se reçoit, on se fait des menus cadeaux et des friandises sont offertes. C'est l'origine des Aman Taschen, ou oreilles d'Aman, pâtisseries en forme de tricorne fourrées au pavot ou à la confiture. Une certaine ivresse est tolérée, jusqu'à la limite d'une euphorie joyeuse précisent les légistes. De nos jours dans les communautés et en Israël, la fête de Pourim donne lieu à des représentations par les enfants de la Meguillah d'Esther, ainsi qu'à des défilés où chacun se déguise.
Joyeux POURIM !