Blog de l'association France-Israël du Cher.
La carte du Proche-Orient échappe à l'évidence. Les bornes antiques ont disparu. Il ne reste que le souvenir entretenu par les traditions religieuses. Encore sont-elles fluctuantes, dépendants de la main des scribes. La Bible retient une terre s'étendant de Dan à Beersheva. La Judée succomba à l'impérialisme romain. Hadrien voulut éteindre son souvenir en la dénommant Palestine, se comparant à Goliath, réécrivant l'histoire. La Judée devint l'arrière-pays de la Province de la Syrie, statut qu'elle conserva après les invasions arabes des VIIème et VIIIème siècles. L'Europe chrétienne l'assimila à la Terre Sainte, entité non délimitée par des frontières tangibles, recouvrant une zone comprenant les actuels Etats du Liban, de Syrie, d'Israël et d'Egypte. La Palestine qualifiée d'historique par le sionisme comme par les mouvements nationalistes arabes ne révèle un cadre territorial distinct qu'au XXème siècle.
A la veille de la 1ère Guerre Mondiale, les cartes ottomanes révèlent des collectivités proche-orientales morcelées en districts. Le villayet de Beyrouth occupe la côte méditerranéenne de la Turquie au Sinaï. Les terres de l'arrière-pays syrien se décomposent en villayets et sandjaks. Après l'entrée en guerre de l' Empire ottoman aux côtés de l'Axe, Français et Britanniques préparent en secret le démantèlement de la Sublime Porte. Ils se partagent le villayet de Beyrouth, les Britanniques ajoutant à leur zone d'influence future les sandjaks de Maan et de Hauran, jusqu'aux rives de l'Euphrate. Paris et Londres décident de s'appuyer sur la figure emblématique de la dynastie Hachémite régnant sur La Mecque, pour s'assurer le soutien des populations arabes autochtones. L'émergence du mouvement sioniste, depuis 1897, amène la Grande-Bretagne à délivrer l'engagement de permettre aux Juifs d'installer un foyer national juif en Palestine, à travers la déclaration Balfour. Un "foyer" et non un Etat, l'Angleterre étant désireuse de ne pas nuire à son ambition d'instaurer un dominion au Proche-Orient.
La révélation par la Russie, en 1918, des accords-secrets franco-britannique entraîne une révision du projet initial. Elle suscite, de surcroît, une lettre ouverte d'un groupe pan-arabe de Damas s'opposant tout à la fois aux ambitions britanniques et à l'idée d'un foyer national juif en Palestine. Tout en proclamant l'existence d'un territoire de Palestine, ils le reduisent cependant à la province méridionale du territoire global de la Syrie. La conférence de la paix de 1919 s'ouvre en Europe sur fond de violences dans les anciens territoires ottomans. En 1920, par la conférence de San-Rémo, complétée par le Traité de Sèvres, la Grande-Bretagne arrache à la Société des Nations un mandat pour assurer l'avenir du Proche-Orient. Le Traité fixe le territoire de la Palestine, de la Méditerranée à l'Euphrate et de la nouvelle frontière libano-syrienne aux confins du Sinaï et de l'Arabie. Toutefois le traité prévoit, in fine, la création, à l'ouest du Jourdain, d'un Royaume Transjordanien. La famille Hachémite obtient ainsi une compensation pour son engagement auprès des britanniques qui lui a coûté sa domination sur la ville sainte de La Mecque. De fait, la Palestine, à peine créée, se trouve ainsi amputée de près des deux tiers de sa surface. Cette décision tend à rendre impraticable l'émergence, autour des populations autochtones, de nations régionales indépendantes sur ce qui reste de la Palestine.
Toutefois la Grande-Bretagne ne parvient pas à endiguer les oppositions qui, sur le terrain, donnent périodiquement lieu à des heurts violents. Le mouvement sioniste réclame la mise en oeuvre de son propre Etat. Le mouvement arabe proclame son allégeance à Damas. Tous se retournent à un moment ou à un autre contre le mandataire britannique perçu comme un colonisateur impérialiste. Londres multiplie les commissions entre les années 20 et 30 pour proposer des livres blancs et des plans de partage qui attisent plus la violence endémique qu'elle ne l'apaise. A la fin de la 2nde Guerre Mondiale, le Royaume-Uni, exsangue après sa lutte contre le nazisme, s'en remet à la nouvelle Organisation des Nations Unies pour se décharger d'un fardeau couteux en hommes et en budgets militaires. En 1947, un plan de partage est adopté, divisant le pays en un Etat juif et un Etat arabe, imbriqués et divisés chacun en trois zones du Nord au Sud.
Le 14 mai 1948, les Juifs de Palestine proclament l'indépendance d'Israël. Aussitôt le nouvel Etat est assailli par 5 nations arabes. Les lignes de cessez le feu, définies par l'accord d'armistice, fixent un cadre territorial qui, dans les décennies suivantes, évoluera peu. Au sud, la Bande de Gaza est annexée par l'Egypte. Au centre, la Judée-Samarie, qui devient, à partir de cette période dans le langage diplomatique, la Cisjordanie est annexée par la Transjordanie. Jérusalem destinée à relever d'un corpus separatum dans la décision onusienne de 1947, est coupée en deux, les Jordaniens occupant la partie orientale d'où sont expulsés les Juifs. Le référendum sur le devenir national de la ville qui aurait du intervenir, au plus tard, le 1er octobre 1958, selon le plan de partage de 1947, n'aura jamais lieu. Sur les cartes de Rhodes, la ligne d'armistice entre Israël et la Jordanie est surlignée en vert, donnant naissance à la "Ligne Verte".
La Guerre des Six Jours, en 1967, met fin à l'annexion égyptienne de Gaza et jordanienne de Cisjordanie. Les murs qui coupaient la municipalité de Jérusalem en deux tombent. La ville réunifiée, après 18 ans de division, est annexée par Israël. En 1977, l'Egypte renonce à ses prétentions sur Gaza, en échange d'une solution négociée de la question arabe palestinienne. La Jordanie abandonne de même ses prétentions sur la Cisjordanie, le 26 octobre 1994. La conférence de Madrid qui fait suite à la 1ère Guerre du Golfe fait entrer les ennemis d'hier en pourparlers. Elle a pourtant été précédée de discussions secrètes entre Israël et l'OLP, à Oslo. Celle-ci vont déterminer un processus de négociation destiné à vider le différend entre la partie juive et arabe de sa substance. Ce processus repose sur des négociations directes entre les deux parties. Les seconds accords de Washington, de 1995, créant une structure administrative arabe palestinienne, préparent le cadre territorial d'un futur Etat arabe. Ce cadre transitoire fixe trois zones (autonomes, mixtes et contrôlées) dans l'attente d'un réglement définitif du conflit dont dépend le statut territorial définitif de l'Autorité palestinienne.
La seconde Intifada, en octobre 2000, est venue interrompre ce processus. Si l'évacuation des implantations israéliennes de la Bande de Gaza, en 2005, n'a pas remis en cause le principe de continuité territoriale entre Gaza et la Cisjordanie, fixé par le processus d'Oslo, le différend politique inter-palestinien y porte objectivement atteinte. Le dessin définitif de la partie territoriale de Cisjordanie reste quant à lui suspendu à une reprise des négociations. Si la guerre est aux nations ce que la justice est aux hommes, alors force est d'admettre qu'un mauvais arragement est préférable à un bon procès.