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Blog de l'association France-Israël du Cher.

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Il y a 69 ans, Guerry...

Le dimanche 28 avril 2013, journée du souvenir des déportés, était aussi le jour de commémoration du massacre des Puits de Guerry. Autour du Colonel Bistour, Président du Comité berruyer du Souvenir français, de M. Jeanclos et des familles des victimes, se sont rassemblés M. le Préfet du Cher, les autorités civiles et militaires du Cher et de la Région Centre, ainsi que les habitants du département, pour rendre hommage aux 36 victimes de ces terribles journées de juillet et août 1944.

 

Une circonstance effroyable relie notre département à la Shoah. En juin 1944, alors que les alliés posent le pied sur les plages de Normandie, les maquis de Saint-Amand-Montrond s'emparent de la ville. Un choix motivé par la présence de l'épouse et de la mère du bras droit du responsable de la Milice Joseph Darnand. Celles-ci sont capturées, ainsi qu'une poignée de miliciens. L'armée allemande envoie des renforts stationnés près de Moulins pour reprendre la ville aux mains de la Résistance française. De son côté, la Milice dépêche Joseph Lécussan, le sinistre assassin de Victor Basch et de sa femme. En approchant de Saint-Amand-Montrond, les miliciens découvrent, suite à une dénonciation, la présence de deux familles juives ayant fui Paris, en juillet 1942,  au lendemain de la rafle du Vel'd'Hiv. Dans les jours suivant, Philippe Henriot, collaborationniste parisien, est assassiné. La presse pétainiste en rajoute, s'il est encore possible à cette sombre période, dans la vindicte antisémite. Joseph Lécussan se fait remettre la liste des familles juives recensées dans le département du Cher. La chasse aux résistants se transforme, dès le début juillet, en chasse aux Juifs. Les familles arrêtées dans le Saint-Amandois sont internées dans le cinéma de la ville.

 

Joseph Lécussan se rend à Bourges, au siège de la S.S., rue Michel de Bourges, pour demander le soutien des autorités allemandes. Celles-ci opèrent le transfert des familles arrêtées à la prison du Bordiot. La Maison d'Arrêt étant sous contrôle des autorités d'occupation, l'affaire glisse sous contrôle direct de la S.S.. Le Chef du Sicherheit Dienst (S.D.) pour la région Centre, faisant état de l'impossibilité d'organiser un convoi à destination de "l'Est", donne l'ordre à la S.S. de Bourges de régler la question sur place. A la fin du mois de juillet et début août 1944, trois convois emmènent 37 hommes et femmes sur le polygone, à la sortie de Bourges, à la ferme de Guerry, au milieu des bois de Savigny-en-Septaine. Lors du premier convoi, auquel participe le S.S. français Paoli, Charles Krameisen s'échappe en courant pieds nus à travers le bois.

 

Dès septembre 1944, à la libération de Saint-Amand-Montrond, Charles Krameisen raconte ce dont il a été témoin. Dans les semaines suivantes, la ferme de Guerry est identifiée comme le lieu probable de destination des convois. Le puits situé dans la cour de la ferme révèle en effet la présence des bagages des prisonniers. Le terrain est fouillé à la recherche d'une éventuelle fosse commune, en vain. Poussant plus loin les investigations, les comités de résistance découvrent un puits, hors du corps de ferme, renfermant des cadavres de femmes et de trois hommes. Un troisième puits est plus tard fouillé renfermant les cadavres des hommes du premier convoi.

 

La ferme de Guerry fut ainsi le témoin d'un fait relevant de l'extermination des Juifs d'Europe. Le S.S. Paoli, originaire d'Aubigny-sur-Nère est arrêté au cours de sa cavale. Son procès, essentiellement tourné sur son implication dans l'arrestation et l'exécution des résistants comme certains des acteurs français de cette tragédie, met néanmoins au jour sa participation directe au premier massacre perpétré à Guerry. Son interrogatoire reste plus flou s'agissant des responsabilités allemandes. Sa condamnation à mort rapide, permet ainsi aux allemands de la S.S. d'échapper à leurs responsabilités. Les rares seconds couteaux inquiétés se défausseront pour l'essentiel sur les donneurs d'ordre. Merdsche, le donneur d'ordre, quant à lui, connaît après-guerre une carrière de Juge Fédéral en République Fédérale d'Allemagne sans avoir à répondre des présomptions de crimes contre l'humanité pesant sur lui.

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